Entretien — Nous ne voulons plus d’un Etat néocolonial

Nouhoum Keita - entretien pour la fondation Rosa Luxemburg
Nouhoum Keita, Secrétaire Administratif du Bureau Politique du Parti Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance (SADI), membre du Comité Central, dans l’interview qu’il a accordée à la Newsletter de la Fondation Rosa Luxemburg dans son édition N° 9 du mois de Juillet 2015, aborde les grandes questions politiques de notre pays : la crise politique et sécuritaire avec notamment les accords d’Alger, la question de l’Etat, les menaces qui pèsent sur l’avenir du Mali, le changement…

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis journaliste de profession. Titulaire d’une licence en Sociologie de l’Université Mandé Bukari de Bamako, d’un Master d’Ingénierie en Action Artistique et Culturelle (MAAC) du Conservatoire des Arts et Métiers MultiMedia Balla Fasséké Kouyaté de Bamako.
Je me suis engagé très jeune dans l’action politique grâce à l’influence que mon oncle, le Professeur Many Camara, exercera sur moi et bon nombre de jeunes étudiants, cadres et syndicalistes maliens. Le Pr Many Camara fait partie de cette crème intellectuelle et politique de notre pays qui a été constamment la cible de la répression du régime militaire. C’est elle qui a forgé notre conscience politique, qui nous a donné les armes politique et idéologique, qui nous a inculqué les valeurs morales pour affronter les réalités sociales. Au nombre de ces intellectuels progressistes, il y’a feu le Professeur Kary Dembélé, le père de la sociologie moderne au Mali, les Professeurs Issa N’Diaye, Yoro Diakité, Cheick Abdoul Pléah Coulibaly, le cinéaste Cheick Oumar Sissoko, leur cadet, le Dr Oumar Mariko.
J’ai aussi connu et côtoyé d’autres figures du mouvement démocratique qui partageaient le même idéal politique que mon oncle et avec lesquels il animait la revue culturelle Jamana, un journal d’éveil des consciences. Il s’agit de l’ancien Président de la République Alpha Oumar Konaré, par ailleurs cofondateur de cette revue Jamana, de feu Abdoulaye Barry, de feu le Professeur Abdoul Traoré dit Diop et de nombreux syndicalistes enseignants qui fréquentaient mon oncle.
Les luttes de résistance multiforme (clandestines et ouvertes), qu’ils ont menées et qui se sont développées dans tout le pays, ont abouti à la chute de la dictature du Général Moussa Traoré en mars 1991. Mais avant le triomphe de l’insurrection populaire au Mali, j’ai été fortement marqué par l’expérience de la révolution du 4 août 1983 au Burkina-Faso sous Thomas Sankara. Je me suis rendu dans ce pays pour connaître les cadres dirigeants de la révolution et mesurer la véritable portée des changements politiques et sociaux en cours. Les immenses espoirs que cette révolution a suscités au Burkina-Faso et dans le reste du continent africain furent anéantis par le Coup d’Etat sanglant du 15 octobre 1987 du Capitaine Blaise Compaoré. Suffisamment instruit par cette expérience traumatisante, je me suis engagé fermement aux côtés de certains acteurs du mouvement démocratique malien pour rendre irréversible le processus de changement amorcé dans le pays et donner un instrument d’expression et de combat au peuple afin d’élargir encore d’avantage les espaces de liberté qu’il a conquis de haute lutte. C’est ainsi que j’ai participé à la création en 1992, de la Radio Kayira dont j’ai été rédacteur en chef pendant une dizaine d’années, éditorialiste jusqu’à nos jours. Une année après, J’ai intégré le Groupe de presse « La Nation » de l’actuel Directeur de Cabinet du Président de la république du Mali Toumani Djimé Diallo. J’y ai assumé le poste de Rédacteur en Chef chargé des questions d’économie. En 1996, après que la « Nation » a cessé de paraître, j’ai été journaliste pour l’hebdomadaire le « Point », journal d’information générale. Par la suite, j’ai écris dans plusieurs autres journaux comme « L’Indépendant », « Nouvel-Horizon », « Sud Info », « la Roue » sur des sujets politiques et sociaux.
J’ai milité dans le mouvement social malien, Secrétaire à la Communication de la CAD-Mali (Coalition des Alternatives Africaines Dette et Développement) qui fédère plus d’une centaine d’organisations de la société civile malienne qui réclament l’annulation totale et inconditionnelle de la dette du Mali et de tous les pays du tiers-monde. Avant d’adhérer à cette organisation, j’avais parcouru plusieurs pays d’Afrique, d’Europe et d’Amérique Latine pour constituer un front à l’échelle planétaire contre la domination et l’exploitation capitalistes. C’est au nom de cette lutte que j’ai participé en 1999 à Paris, plus précisément à Saint-Denis, à la rencontre de fondation du mouvement ATTAC.
Cofondateur du mouvement SADI, qui s’est transformé ensuite en Parti politique. Secrétaire à la Communication pendant plusieurs années. Actuellement, je suis le Secrétaire Administratif du Bureau Politique, l’instance de direction du Parti, membre du Comité Central et du Secrétariat Exécutif. Parallèlement à mon engagement politique, je suis membre l’ARACF/ASFA 21, une association dont l’objectif est d’œuvrer à la défense des populations de la Commune de Faléa qui font face à un projet d’implantation d’une mine d’uranium.
Quelle est la situation sécuritaire actuelle au nord du Mali, par exemple à Kidal?

La situation sécuritaire reste très préoccupante partout dans le Nord. Aucune ville n’est épargnée par l’insécurité. Ni à Gao, ni à Tombouctou ni à Kidal, ni même à Bamako la capitale où la base des casques bleus a été attaquée et où un Général de l’armée malienne, Ould Mehdou a échappé à un attentat.

A la date du 30 Mai, les Nations-Unies soulignent que 36 casques bleus de la MINUSMA ont été tués, 150 blessés. Elles dénombrent près de 80 attaques subies depuis son arrivée sur le sol malien en 2013. Ces attaques s’amplifient de façon inquiétante notamment dans la région de Kidal où on signale le retour des djihadistes d’AQMI, du MUJAO et même de les Mourabitoun. Signe de cette situation inquiétante : un attentat a visé le 27 Mai dernier, le chef des casques bleus, le danois Michael Lollesgaard et le chef de la composante Police, le djiboutien Awale Abdounasir au passage de leur convoi dans le Nord du pays. Par ailleurs, entre les mois de Janvier et mars de cette année, plusieurs camions de ravitaillement des troupes onusiennes ont été interceptés, brûlés, les chauffeurs exécutés.
Des élus ont été assassinés. Les attaques à la roquette se sont multipliés et ont visé certaines grandes villes du Nord comme Gao et Kidal et qui ont fait beaucoup de victimes civiles et militaires. Ce qui a provoqué un exode massif des populations civiles. On estime que plus de 30.000 personnes ont quitté leurs domiciles de crainte d’être tués.
Il y’a une situation d’urgence humanitaire à laquelle les organisations qui interviennent dans le Nord ne peuvent plus faire face, puisqu’elles sont elles-mêmes la cible de groupes armés qui prennent en otage leurs équipes ou enlèvent leurs véhicules. Pourquoi cette montée de l’insécurité ? C’est parce que le Nord du Mali est une zone de transit de stupéfiants à destination de l’Europe. Malgré la présence de soldats français de l’opération Barkhane, des troupes de la MINUSMA, malgré aussi la surveillance permanente des drones et l’intensification des opérations ciblées menées par les forces spéciales françaises contre des repaires de djihadistes, la situation sécuritaire ne s’est pas améliorée.

Cette insécurité est liée en grande partie au trafic et à la vente des armes, mais surtout de la drogue. A ce sujet, les dernières estimations de l’Office des Nations-Unies contre la drogue et le crime datant de mars 2015, indiquent qu’au moins 18 tonnes de cocaïne transiteraient chaque année dans le Sahel, que la valeur estimée de la marchandise dépasse 1 milliards 100 millions d’euros. En plus, l’ONU estime qu’environ 1000 tonnes de résine de cannabis produits au Maroc traverseraient également le sud saharien pour être revendues 4500 € le Kilo au-delà de la mer rouge. Au mois de janvier, 16 kg de methamphetamine ont été saisis à Bamako. La drogue est devenue un véritable enjeu de pouvoir. Cela explique la prolifération de milices armées plus ou moins liées à des cercles d’influence au niveau du pouvoir central, des féodalités locales, des tributs et des clans dans le Nord du pays et qui tentent d’assoir leur domination et leur contrôle sur les autres composantes ethniques en se posant comme l’unique interlocuteur de l’Etat. Le narcotrafic est assuré par de puissants hommes d’affaire qui en tirent des revenus faramineux. Cela leur permet d’alimenter la guerre entre les groupes armés, d’acheter toutes les complicités jusqu’au haut sommet de l’Etat (Gendarmerie, Police, armée, justice, institutions.), d’acheter les chefs des milices communautaires. Ce sont les chefs des milices qui escortent les cargaisons de drogue, recrutent des guides, des chauffeurs, réorganisent les systèmes de prélèvements du droit de passage qui constitue une source de revenu considérable estimée à plusieurs dizaine de milliers d’euros. Les sources de l’Office des Nations-Unies Unies contre la drogue parlent de plus de 270.000 € en moyenne par mois, soit plus de 177 millions de FCA.

Mais pourquoi l’armée française et les troupes de la MINUSMA restent-t-elles passifs devant une telle situation inquiétante pour l’avenir même de notre pays ? Parce que la drogue reste un facteur potentiel de déstabilisation dans un contexte géopolitique et géostratégique comme celui du Mali. Il y’a une stratégie de contrôle du marché mondial de la drogue qui existe depuis plusieurs décennies. L’Office des Nations-Unies contre la drogue et le crime organisé a révélé qu’en 2009, 1600 milliards de dollars Us, tirés du trafic de la drogue ont été blanchis à travers les circuits bancaires, soit 2,7% du PIB mondial. Elle ajoute que seul 1% des flux financiers illicites générés par la drogue et le crime organisé, est saisi et gelé par les services de répression. Tous les bénéfices de la criminalité en 2009, mis à part les évasions fiscales, s’élèveraient à environ 2100 milliards de dollars Us, soit 3,6% du PIB mondial.70% de cette somme ont été blanchis par le système financier, à travers les banques occidentales qui en ont profité très largement ainsi que les services occidentaux de renseignement.

Le journal français l’Express en date du 21 mars 2013, a rapporté qu’en 2010, l’Office des Nations-Unies contre la drogue a affirmé que 18 tonnes de cocaïne avaient transité en Afrique de l’Ouest après un pic de 40 tonnes en 2010. D’autres sources sécuritaires occidentales estiment que la quantité de drogue qui transite en Afrique de l’Ouest avoisine une moyenne annuelle oscillant entre 40 et 80 tonnes. Et qu’en 10 ans, la valeur totale de la cocaïne ayant traversé le Sahara dépasserait les 15 milliards d’euros.
Voilà les raisons de cette insécurité dans le Nord du Mali. Je suis très pessimiste. Parce que, face à un tel défi, l’Etat du Mali ne dispose pas de capacités militaires, ni sécuritaires, ni humains, ni technologiques pour contrer ce phénomène qui constitue une menace à la sécurité même de l’Etat et une entrave au développement du Mali. Au plan sous régional et régional il n’a aucun appui. Même l’accord de défense qu’il a signé avec la France ne lui apportera aucune solution à court, moyen et long terme.

Parlez-nous des pourparlers de paix. Quelles sont les revendications du MNLA ? Où est-ce que cela coince ? Quelle est votre avis sur les négociations menées par Alger ?  

Ces pourparlers de paix se sont déroulés sous le contrôle de la communauté internationale qui en a fixé les conditions de son déroulement ainsi que la date limite pour la signature des accords. La communauté internationale a exclu les maliens dans la recherche d’une solution autonome à la grave crise que connait le Mali depuis trois ans. L’Assemblée Nationale qui est l’un des piliers de notre démocratie a été ignorée, son avis n’a pas été demandé avant la signature de ces accords à Alger.

Certains groupes considérés comme terroristes ont été exclus. AQMI, les Mourabitoun, la tendance de Iyad Ag Ali. Ces négociations ont réuni plusieurs acteurs aux objectifs et aux intérêts politiques et stratégiques différents.

D’un côté il y’avait le Gouvernement du Mali, ses alliés objectifs que sont les groupes anti-indépendantistes, ou « pro-Mali » réunis dans la Plate-Forme qui regroupe le Ganda Izo, le Ganda Koy, la CPA (Coalition des Peuples de l’Azawad), le Mouvement Arabe de l’Azawad (MAA branche dissidente) et la Coordination des Mouvements et Forces Patriotiques de Résistance (CMFPR).
De l’autre côté, les « pro-indépendantistes » réunis au sein de la Coordination des Mouvements de l’Azawad qui compte le Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad (HCUA), le MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad), le Mouvement Arabe de l’Azawad (MAA). A côté de ces deux camps, il y’a la médiation qui compte l’Algérie, le Burkina-Faso, la Mauritanie, le Niger, le Tchad, la CEDEAO, les Nations-Unies, l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI), l’Union Africaine, l’Union Européenne. Sans oublier la France et les Etats-Unis.
Pendant plusieurs mois, les discussions menées au forceps n’ont pas permis d’arriver à une issue heureuse pour toutes les parties. Le Gouvernement du Mali a évoqué les pressions multiples qui ont été exercés sur lui et le refus de la médiation à prendre en compte les amendements qu’il a proposés au pré-accord. Du côté des groupes armés, on se plaint également que les amendements proposés ont été superbement ignorés.

Il est difficile aujourd’hui de dire avec précision quelles sont les revendications du MNLA ? Là on ne peut pas parler spécifiquement du MNLA, parce qu’il se trouve dans la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA). Son poids militaire est très insignifiant par rapport aux autres composantes comme le HCUA (Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad). Le MNLA a le leadership politique de la Coordination des Mouvements de l’Azawad et c’est lui, à travers Bilal AG Shérif, qui pose leurs revendications. Pour l’essentiel, ces revendications portent sur l’autonomie des régions du Nord ou la transformation du Mali en une Fédération. C’est ce qui explique leur refus de parapher l’accord le 1er mars dernier, alors que le Gouvernement du Mali et ses alliés l’ont fait.
Seuls deux personnalités de la Coordination des Mouvements de l’Azawad l’ont paraphé : Mohamed Ousmane AG Mouhamedoun de la CPA (Coalition des Peuples de l’Azawad) qui une scission du MNLA, et Younoussa Touré de la CMFPR 2 (Coordination des Mouvements et Forces Patriotiques de Résistance). Il a fallu beaucoup de pression pour que la CMA accepte de parapher le pré-accord le 14 Mai à Alger, tout en refusant de participer à la signature officielle de l’accord de Paix le lendemain à Bamako. Pour la CMA, le paraphe du pré-accord et la signature de l’accord de paix sont deux actes distincts. Et comme on le verra par la suite, la signature de l’accord de paix le 15 mai à Bamako en l’absence de la Coordination n’a pas ramené la paix.

Le jour de la signature, des combats meurtriers ont eu lieu entre le GATIA et la CMA à Ménaka, d’autres ont eu lieu par la suite à Goundam et Diré. La communauté internationale craint un embrasement général aux conséquences imprévisibles. C’est pourquoi, l’Algérie tente de relancer de nouvelles discussions entre l’Etat du Mali et les groupes armés. Officiellement on parle de modalités concrètes de mise en œuvre de l’accord, de l’urgence de parvenir à la cessation des hostilités tout en écartant toute possibilité de renégocier les termes de l’accord du 15 Mai.

Hormis les questions de sécurité, quelles sont les principaux défis auxquels les citoyens maliens font face ?

Le Mali est occupé militairement, mis sous tutelle politique, encadré sur le plan institutionnel et même dans sa gestion administrative. Une réforme institutionnelle et administrative lui a été imposée, conséquence logique des accords de paix du 15 mai. Ces accords posent les bases du démantèlement et de l’émiettement du pays en plusieurs Régions autonomes. Dans ces conditions, c’est la porte ouverte à l’accaparement effréné de toutes les ressources naturelles, minières, énergétiques, au pillage accéléré et à la destruction complète des territoires et patrimoines.

Le Parti SADI qui a perçu tôt les menaces qui guettent le pays a lancé une initiative politique en direction de la CMA, de l’Etat du Mali, des forces politiques et syndicales pour se retrouver très rapidement. L’enjeu fondamental est la question de la souveraineté du Mali.
Pour le parti SADI, il faut constituer un front patriotique de résistance pour sortir de ce piège mortel, organiser les concertations nationales, récupérer la marche historique de notre pays, construire un imaginaire collectif en rupture avec l’ordre néocolonial, aller vers la construction d’un projet collectif nouveau et de son pouvoir correspondant. Tout cela doit avoir comme socle la création d’un nouvel Etat. Il s’agit d’un défi colossal dont très peu de forces politiques au Mali en perçoivent l’importance.
Pour moi, il est illusoire de croire que les accords de paix vont mettre fin aux angoisses des maliens s’ils occultent la question de l’Etat. Quel type d’Etat nous devons bâtir désormais à la lumière de la catastrophe que nous sommes entrain de vivre ?

Nous ne voulons plus d’un Etat néocolonial, d’un Etat prébendier qui fait recours de façon systématique à l’aide étrangère et qui permet aux institutions financières internationales et certaines puissances néocoloniales, de réorganiser en permanence dans notre pays, grâce à la fraude électorale et à la démocratie censitaire, la prise du pouvoir d’Etat. Cette prise du pouvoir se fait sur la base d’une alliance entre la bourgeoisie réactionnaire et corrompue et une caste de privilégiés. Elle exclut l’immense majorité de notre peuple, les forces progressistes, les ouvriers, les syndicats… A travers cette alliance, s’opère le vol organisé du peuple. Fatalement, un Etat qui est le produit de cette alliance n’est pas capable de jouer son rôle historique. Il devient un Etat faible, un Etat impotent. Il paiera toujours la rançon de la dépendance vis-à-vis de l’étranger, gèrera l’instabilité, perdra tous ses rôles et fonctions classiques d’orientation, de conception, de pilotage, de coordination et de mise en œuvre, d’impulsion de l’économie nationale.

A mon avis, le défi actuel que les maliens doivent relever est de construire un Etat nouveau, poser les bases d’un développement autonome, mettre en place des procédures démocratiques nouvelles, des hommes nouveaux, un système démocratique qui donne tout le pouvoir au peuple.
C’est la condition préalable pour créer un Etat souverain qui préserve l’unité, l’intégrité territoriale et la cohésion nationale et qui est capable de mettre en échec les ingérences extérieures.

Quelle est l’attitude des Maliens vis-à-vis d’IBK surtout après le récent scandale éventé par Mediapart ?

Les maliens ont eu droit à une grande publicité tapageuse autour de ce scandale. En fait, Mediapart n’a fait que réchauffer le plat que le journal le Monde leur avait servi auparavant en 2014. Tout le monde en a raffolé à Bamako. Les medias locaux s’en sont fait les gorges chaudes. Les adversaires et alliés du Président se sont affrontés et ont fait assaut d’exemplarité pour montrer comment on sauve la morale publique.

Mais, cette fois-ci, c’est le moment choisi par Mediapart pour faire sa « révélation » qui paraît pour le moins suspect. Personnellement j’ai beaucoup de respect pour ce journal. Mais franchement, lorsque l’on voit l’état actuel des relations entre IBK et la France, et surtout lorsque l’on sait qu’il est maintenu dans un chantage franchement odieux et ignoble, on comprend que cette « révélation » n’a entraîné aucune réaction d’hostilité dans l’opinion publique nationale. Pour beaucoup de maliens, il s’agit en fait d’une simple diversion destinée à les détourner de leurs préoccupations essentielles. Je ne cherche pas à disculper IBK. Je ne suis pas son avocat. Mais je vous rapporte de manière objective le sentiment de l’immense majorité des maliens.

Pour vous quel est le bilan d’IBK jusque-là ?

Il me paraît trop tôt de tirer un bilan. Mais, il est indéniable que le changement tarde à venir. Le Président Ibrahim Boubacar Keita a-t-il perdu l’initiative ? Son indécision, son enfermement et son éloignement du peuple et des forces du changement le fragilisent d’avantage et lui ôtent toute marge de manœuvre devant la communauté internationale qui lui en impose chaque jour. Il doit se ressaisir vite pour poser les bases d’une rupture avec le passé et honorer le contrat de confiance qu’il a signé avec son peuple. Il doit organiser les concertations nationales qui n’ont pas pour objectif de remettre en cause son pouvoir. Mais pour ouvrir l’avenir. Il ne doit plus attendre, car le temps joue contre lui.

Quelque chose d’autre à dire ?

Vous remercier pour l’intérêt que vous manifestez pour mon pays. Il est temps que les maliens sortent enfin de leurs illusions. En ces moments décisifs pour l’avenir et l’histoire de notre nation, nous devons être vigilants pour barrer la route aux dirigeants qui cherchent à envoûter notre peuple, à le dissoudre dans l’émotion et dans la confusion. Il faut politiser le peuple, rendre la nation globale présente à chaque citoyen malien, en faisant de l’expérience de la nation, l’expérience de chaque citoyen malien. Je sais que c’est une tâche extrêmement difficile dans le contexte du Mali.
Mais, il faut d’abord éclairer l’effort populaire, illuminer le travail du peuple à travers l’éducation des masses, l’élévation de leur pensée, leur formation politique et idéologique. Frantz Fanon disait qu’un peuple digne, qui est conscient de sa dignité, comprend qu’il y’a une équivalence logique entre la dignité et la souveraineté. C’est une logique dialectique que nous comprenons parfaitement au Parti SADI. C’est pourquoi, nous continuons à nous battre. Aucun pays ne viendra nous libérer. Une liberté donnée et reçue sera toujours une liberté sous condition.

Je vous remercie.

Propos recueillis par James Wallen

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Le 15 septembre 2015, une quarantaine de Kamerunais se sont retrouvés au palais des Sports de Yaoundé pour un séminaire sur le thème «la gouvernance électorale et l’alternance démocratique », à l’initiative de l’ONG DYNAMIQUE CITOYENNE et pour la commémoration de la journée internationale de la démocratie.

Alors que le séminaire, dûment déclaré comme le stipule la loi, se déroulait sans incident, après des intimidations successives et infructueuses des gendarmes puis des policiers, le Sous-Préfet de Yaoundé 1er, accompagné d’une escouade d’éléments des forces de l’ordre, a fait irruption dans la salle et intimé aux participants, l’ordre d’arrêter leurs travaux et de quitter les lieux, contre toute base légale.

Devant le refus justifié des participants d’obtempérer à cette injonction arbitraire, le Sous-Préfet et ses hommes en tenue ont fait évacuer la salle de force, avec brutalité, en molestant, en giflant et en frappant sauvagement les participants, leur portant physiquement et psychologiquement atteinte.

Par la suite, six personnes ont été arrêtées et conduites dans les locaux de la GMI à Yaoundé où elles restent jusqu’à la publication du présent communiqué, le 18/09, toujours détenues. Il s’agit de : M. Jean-Marc BIKOKO (le point focal national de Dynamique Citoyenne, Président de la Centrale Syndicale du Secteur Public), Agnès Adélaïde METOUGOU, BIKOKO Le juste, Jessie BIKOKO, NDJALLA EPANGUE Yves et FOGNO FOTSO François. D’autres sont sous le coup de menaces d’arrestation.

Devant une telle barbarie et devant les atteintes répétitives et de plus en plus graves du régime RDPC et alliés de M. Paul Biya contre les droits humains élémentaires,

Nous militants de l’UPC en Europe,
– protestons vigoureusement contre ce déni des droits de l’homme et de démocratie.
– exigeons la libération immédiate et sans condition de nos compatriotes détenus arbitrairement depuis le 15 septembre et qui n’ont violé aucune loi.
Nous en profitons pour attirer l’attention de nos compatriotes et des amis du Kamerun sur la leçon à retenir de cet épisode inacceptable parmi bien d’autres :

Le régime en fin de règne à Yaoundé ne tolère aucune voix qui ne lui soit pas docile. Toute personne, organisation politique ou de la société civile qui ose déclarer ce qui ne plaît pas à ce régime est arbitrairement et sauvagement réprimée avec la plus grande brutalité.

Nous appelons donc tous nos compatriotes à se battre pour la cause commune que sont le respect des droits de l’homme et la conquête des véritables libertés démocratiques, et ceci au-delà de toute divergence idéologique.

Seule la vigilance, l’engagement ferme, sans faux fuyant ni complaisance contre ces exactions répétées du régime nous conduira à imposer un contexte véritablement démocratique au Kamerun.

Les droits humains et la démocratie n’appartiennent ni au Nord, ni au Sud, ni à l’Est ni à l’Ouest. Ils ne sont ni de l’UPC, ni du SDF, ni du Manidem, ni du CPP, etc.
Ils appartiennent à tous et sont de tous.

Neuf Kamerunais sur dix, toutes régions confondues, sont en permanence victimes des violations de droits humains. A chaque fois qu’un de nos compatriotes quel qu’il soit, sera victime de l’arbitraire, nous devons tous protester et condamner cela avec une extrême vigueur.

En dénonçant chaque cas de violation de nos droits, nous contribuons, chaque jour qui passe, à l’avancée des idéaux démocratiques. 

Le 18 septembre 2015.

Pour les Upécistes d’Europe.
Les Membres du Bureau du Comité Directeur en Europe

René EMEH ELONG
Augusta EPANYA
Moïse ESSOH
Siméon NGIMBOUS BATJOM
Samuel NJUFOM


Déclaration du Parti S.A.DI. sur le coup de force au Burkina Faso
Le Mercredi 16 septembre 2015, aux environs de 14H30, des militaires appartenant au tristement célèbre Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP) ont porté une grave atteinte aux institutions de la République et au processus de Transition démocratique mis en place au Burkina-Faso, suite à l’insurrection populaire victorieuse des 30 et 31 octobre 2014 qui a mis fin à 27 années de dictature féroce, de confiscation des libertés démocratiques et de blocage du jeu politique par le CDP (Congrès pour la Démocratie et le Progrès) et ses alliés.
Ces usurpateurs indécrottables, sous la conduite du Général Gilbert Diendéré ancien-Chef d’Etat-Major particulier de Blaise Compaoré et ancien commandant du Régiment de Sécurité Présidentielle, après avoir désarmé la garde en faction, ont fait irruption au Palais en plein Conseil des Ministres, se sont saisis du Président de la Transition Michel Kafando, du Premier-Ministre Yacouba Isaac Zida, d’autres membres du Gouvernement de Transition, notamment Réné Bagoro et Augustin Loada, respectivement Ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme ; Ministre de la Fonction Publique, du Travail et de la Sécurité Sociale. Ils ont tous été séquestrés et pris en otage au palais.
Pour parachever leur forfait, les éléments du RSP, agissant en parfaite intelligence avec des anciens dignitaires dégénérés du CDP et de leurs milices, ont instauré un climat de terreur dans la capitale à travers le quadrillage des points stratégiques, le déploiement des escadrons de la mort qui pourchassent les manifestants, incendient les domiciles d’opposants, attaquent les radios privées, prennent en otage les journalistes. Le bilan fait état de plusieurs morts et de nombreux blessés.

Le Parti SADI tire les constats suivants :
– Depuis la victoire historique des forces démocratiques du Burkina-Faso, la Communauté Internationale (notamment la CEDEAO, l’Union Africaine et les Nations-Unies) s’est malheureusement illustrée par son ponce-pilatisme et ses nombreuses obstructions à l’aboutissement du processus révolutionnaire de changement et de renouveau enclenchée en octobre au Burkina Faso ;
– Elle a mis en place une Médiation dirigée par le Président Macky SALL, Président en exercice de la CEDEAO dont le résultat a été la constitution d’un attelage hétéroclite et confus d’acteurs dans le but de garder la mainmise sur le Burkina Faso ;
– Ainsi, le Régiment de la Sécurité Présidentielle, symbole vivant de la terreur personnifiée, devait rester en l’état et les principaux piliers du système Compaoré maintenus, la tête hors de l’eau, pour servir au moment opportun ;
– La Cour de Justice de la CEDEAO, contrairement à la Charte africaine qui condamne les modifications constitutionnelles, a ajouté à la confusion en se prononçant dans l’urgence contre le Code Electoral élaboré par la Transition qui a légitimement sanctionné tous ceux qui ont tripatouillé la constitution du pays pour ouvrir la voie royale à la candidature illégale et illégitime de Blaise Compaoré.

Face à la situation qui prévaut au Burkina-Faso et qui pourrait conduire à des affrontements meurtriers, voire même à une guerre civile aux conséquences désastreuses, le Parti SADI :
– Condamne fermement le Coup d’Etat réactionnaire et néocolonial au Burkina Faso ;
– Appelle les forces progressistes maliennes, africaines et internationales à se mobiliser comme un seul homme pour exiger la libération immédiate et inconditionnelle du Président de la Transition, du Premier-Ministre et des membres du Gouvernement séquestrés ;
– Exige le rétablissement immédiat du Gouvernement de la Transition, des institutions de la République et du processus électoral ;
Condamne les atteintes graves aux libertés individuelles et collectives et exprime son soutien total à la résistance du peuple face aux usurpateurs du Conseil National pour la Démocratie, véritable Commando National de Destruction des acquis démocratiques;
– Vive la résistance du peuple burkinabé ! A bas la restauration ! A bas les usurpateurs ! La lutte continue !
Bamako, le 18 septembre 2015

Pour le Bureau Politique
Le Secrétaire aux Relations Extérieures
Yéhia Ag Mohamed ALI
Ancien Ministre
Officier de l’Ordre National du Mali


Accaparement des terres
Le réseau de communication Kayira, en collaboration avec la Fondation Rosa Luxemburg, a tenu du 14 au 16 août 2015 la 4ème édition des assises de la Gauche malienne. Ces assises ont regroupé les organisations paysannes et certains syndicats. Le thème était : « Les organisations paysannes, les partis et mouvements de Gauche du Mali : quelles perspectives dans un contexte d’accaparement des terres par la bourgeoisie nationale et l’impérialisme ? »
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Je vais vous dire pourquoi je suis ici, avec des mots que j’ai empruntés à un vieux manifeste célèbre. Je suis ici parce que :

Un spectre hante l’Europe – le spectre de la démocratie. Toutes les puissances de la vieille Europe ont conclu une sainte alliance pour exorciser ce spectre: les banquiers parrainés par les États et l’Eurogroupe, la Troïka et le Dr Schäuble, les héritiers de l’héritage politique de Franco, le leadership berlinois du SPD, les gouvernements baltes qui ont soumis leurs populations à une récession terrible et inutile, et l’oligarchie grecque en résurgence. Lire la suite de cette entrée »


Après le 5ème rejet de sa demande de visa par le consulat de l’ambassade de France au Mali, l’honorable Oumar Mariko monte au créneau contre le président de l’Assemblée nationale, le ministre des Affaires étrangères du Mali et l’ambassadeur de France au Mali. Dans l’interview qui suit, il parle aussi des deux attaques, celles de Nara et de Fakola dans le cercle de Kolondiéba.
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