Oumar Mariko sur son affaire de visa : « L’ambassadeur de France au Mali est aussi méchant qu’ignorant »

Après le 5ème rejet de sa demande de visa par le consulat de l’ambassade de France au Mali, l’honorable Oumar Mariko monte au créneau contre le président de l’Assemblée nationale, le ministre des Affaires étrangères du Mali et l’ambassadeur de France au Mali. Dans l’interview qui suit, il parle aussi des deux attaques, celles de Nara et de Fakola dans le cercle de Kolondiéba.

Nous avons appris que l’ambassade de France refuse de vous donner le visa pour la France. Qu’en est-il exactement ?

Oumar Mariko : Ce qui se passe réellement, c’est qu’à l’entrée de l’Assemblée nationale, à la rentrée parlementaire, tous les députés ont déposé leur passeport pour l’obtention de visa Schengen à l’ambassade de France. Moi, j’avais été invité en 2013 et j’ai déposé mon passeport. Tous les autres députés ont eu leur visa. Moi, on m’a donné rendez-vous un certain mercredi et les Français m’ont dit que je fus l’objet d’interpellation le mardi par la justice malienne. Apparemment, le juge était dans une disposition de m’arrêter dès mon arrivée à son bureau. Apparemment, l’ambassade de France était au courant de cela. Le mardi, je n’ai pas été arrêté. Les gens ont dû faire comprendre au juge que j’étais sous le couvert de l’immunité parlementaire. Et au juge de rétorquer puisque mon immunité a été levée lors de l’ancien mandat, mais cette immunité court pour ce mandat-ci. Argumentaire d’un drôle de juriste ! Un Yaya Traoré qui était en fait au tribunal de la commune IV, aux ordres. L’arrestation de mardi n’a pas eu lieu. Ils se sont rendu compte qu’il n’y aura pas d’arrestation et ils m’ont retourné le passeport. Je n’ai posé aucun problème.

Donc vous n’avez pas de problème avec eux, comme vous le dites ?

Non, je vais vous expliquer. J’ai reçu une invitation cette fois-ci pour aller en France. Je devrais me rendre à une soutenance qui aura lieu le 30 juin 2015 à Reins sur invitation du CHU de Reins, le département des malentendants. J’ai déposé une demande de visa fin mai 2015, on est le 28 juin 2015 aujourd’hui. Un jour, le protocole de l’Assemblée nationale m’appelle et me passe le téléphone du ministère des Affaires étrangères qui me dit que l’ambassade de France vient de lui renvoyer mon passeport et s’il peut remettre le passeport au protocole de l’Assemblée nationale. J’ai trouvé ça insultant parce que si c’est le protocole du ministère des Affaires étrangères qui agit comme ça, il est ignorant. Je lui ai répondu que je n’ai pas déposé une demande de visa et mon passeport au ministère des Affaires étrangères. J’ai déposé mon passeport et ma demande de visa au niveau de l’ambassade de France. Plaise à l’ambassade de France de me remettre mon passeport sans visa, mais je ne viendrai pas chercher mon passeport aux affaires étrangères. Quand je raconte cette histoire, je suis très écœuré, choqué, non pas par l’attitude de l’ambassade de France, mais l’attitude de nos fonctionnaires.

Vous n’êtes pas parti chercher votre passeport aux Affaires étrangères ?

Non. Je n’irai pas le chercher aux Affaires étrangères. Cinq ou six jours après, on me dit que mon passeport est au niveau de l’Assemblée nationale. Après, le même protocole de l’Assemblée nationale m’a appelé pour me dire que mon passeport est enfin arrivé et qu’il est entre les mains du président de l’Assemblée nationale qui l’aurait remis au protocole pour remise. Avec une lettre du ministère des Affaires étrangères, qui joue à l’interface avec l’ambassade de France. Ça encore, je noircis de honte simplement en le racontant. Quand je suis venu, j’ai dit que je veux les deux lettres et les documents. Les deux lettres, la première est celle de l’ambassade de France qui transmet mon passeport et la seconde lettre est du ministère des Affaires étrangères adressée à l’Assemblée nationale.

Que disent les deux lettres ?

La lettre de l’ambassadeur de France dit que j’ai demandé un visa et qu’il souhaiterait que le ministère des Affaires étrangères donne des informations sur mon statut juridique, d’autant que je dois avoir des problèmes avec la justice malienne. Ils aimeraient que le ministère des Affaires étrangères éclaire leur lanterne, d’autant plus qu’il m’a entendu dire que je suis l’objet de poursuites judiciaires. C’est ce que l’ambassadeur de France écrit au ministre des Affaires étrangères de la République du Mali. Il faudra noter une chose : c’est que le passeport diplomatique que j’ai, a bénéficié d’un ordre de mission de l’Assemblée nationale signifiant que je dois aller à Reins et d’une note verbale du ministère des Affaires étrangères du Mali, pour demander à toutes autorités consulaires de donner le visa à un tel passeport. Parce que c’est un passeport de l’Etat malien ; c’est un passeport des autorités maliennes ; c’est un passeport diplomatique qui d’ailleurs est exempt d’achat de visa. Voilà ce que la lettre de l’ambassade de France dit. Elle a été envoyée aux Affaires étrangères le 29 mai 2015. C’est le 12 juin 2015 que les Affaires étrangères envoient les lettres et les documents à l’Assemblée nationale et c’est le 21 juin 2015 que l’Assemblée nationale me signifie cela. Vous voyez comment le passeport a poiroté entre leurs différentes mains jusqu’à arriver à mon niveau. Sachant bien que le rendez-vous pour assister à la soutenance à Reins, c’est le 30 juin 2015.

Qu’allez-vous faire maintenant parce qu’on voit que le voyage est impossible ?

Les députés non-inscrits du parti Sadi se sont mobilisés pour aller voir le président de l’Assemblée nationale. Le président Isaac Sidibé a tenu des propos des plus malheureux, des plus indignes d’un chef d’institution. Son acte n’est pas moins indigne que l’acte du ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop. À mon avis, c’est de la forfaiture et de l’indignité des deux côtés. Je tiens beaucoup à ces deux mots, parce qu’il n’y a pas d’autres mots pour qualifier leur attitude en tant que chef d’institution. Parce que je ne peux pas comprendre qu’une petite ambassade en arrive à imposer à un ministère des Affaires étrangères de souveraineté et que ce ministère des Affaires étrangères se transforme en interface entre une ambassade et une institution aussi noble que l’Assemblée nationale. Je tiens à tous ces mots parce qu’ils ont leur sens.

Qu’est-ce que le ministère des Affaires étrangères a fait de grave, il a dit quoi ?

Le ministère des Affaires étrangères dit au président de l’Assemblée nationale que «nous vous envoyons le passeport de Monsieur Mariko parce que l’ambassade de France ne peut pas lui donner de visa. L’intéressé aurait dit publiquement qu’il est sous le coup d’une inculpation». Donc, le ministre ne défend pas sa note verbale ; ce qui relève d’une incompétence, à la limite d’une complicité avec l’ambassade de France. Le président de l’Assemblée nationale a dit à mes collègues députés non-inscrits que c’est une petite excuse seulement que je présenterai à l’ambassadeur de France, le problème va être réglé. C’est ça l’indignité et la forfaiture pour que l’ambassade de France manque de respect à tout un peuple, à toute une nation, à ses institutions. Que les responsables des institutions se comportent comme des larbins de cette ambassade-là, je pense qu’ils n’ont pas la moralité nécessaire pour diriger ni l’Assemblée nationale ni les Affaires étrangères. Je le dit, je le maintiens et je persiste, parce que ce n’est pas une histoire d’Oumar Mariko, à moins que ça ne soit une combine du ministre des Affaires étrangères, du président de l’Assemblée nationale et du ministre de la Sécurité, doublé du ministère de la Justice. Sinon, ça ne peut pas s’expliquer autrement. Je voulais que le président de l’Assemblée nationale m’appelle pour me le dire, ça allait se passer autrement ! Je ne défends pas Oumar Mariko, même pas le député, mais je défends la noblesse de mon pays. Je défends la souveraineté de mon pays, je défends l’indépendance de mon pays, et là, de ce point de vue, je n’existe plus, c’est mon pays qui existe et face à Isaac, ça va se passer autrement.

Cela veut dire que tous les députés ont le visa Schengen, sauf vous ?

Absolument ! L’ambassadeur de France, c’est vraiment un comédien de bas étage. Ce monsieur, il écrit ou c’est le consul de France qui écrit ? Il dit que j’ai dit que j’étais l’objet de poursuites judiciaires. À supposer que je dise que je suis condamné à mort, de quoi il se mêle. Si mon pays a fait une note verbale, un passeport diplomatique et un ordre de mission, de quoi il se mêle. Monsieur Sarkozy est mis sous examen en France, combien d’hommes politiques sont mis examen en France, mais voyagent. L’ambassadeur de France est aussi méchant qu’ignorant, parce qu’il en fait un problème de personne. Parce que je défends mon pays, je dis ce que je pense de la politique française que je désapprouve. Vous avez l’occasion d’accéder à la lettre que le parti a adressée à l’ambassade de France.

Jusqu’aujourd’hui, le pauvre ambassadeur de France n’a pas daigné répondre à cette lettre, il ne peut pas répondre à cette lettre-là. Je n’ai pas bénéficié de visa parce que j’ai déclaré que j’ai des problèmes avec la justice malienne. À supposer que ce soit ça, je suis passé devant le tribunal le 5 septembre 2013 et il se trouve qu’en septembre 2012, j’ai essuyé un refus de visa à l’ambassade de France. L’ambassade de France a écrit à toutes les ambassades européennes, y compris les USA. Elle a choisi les Etats-Unis pour qu’on me refuse le visa. Est-ce que ce jour-là, j’étais sous le coup d’une quelconque inculpation ? Non, puisque l’inculpation m’a été signifié en septembre 2013. C’était le 11 septembre 2013, alors que j’ai échoué à trois demandes de visa à l’ambassade de France : une demande de visa à l’ambassade de Danemark pour aller en Hollande. Un refus de visa en Turquie, un refus de visa en Allemagne et ce sont les Allemands qui ont eu le courage de me dire que c’est la France qui refuse de me donner le visa et qui a écrit et puisqu’ils sont tenus par Schengen.

Par lâcheté, l’ambassadeur de France n’a pas pu me dire de quoi il s’agissait, parce qu’il allait être complètement dénudé. En 2012, il refuse sans motif et maintenant, il trouve le motif que j’ai dit publiquement que j’ai été inculpé. Mais ce que l’ambassadeur de France ne dit pas, il a dit à un ambassadeur, en présence du secrétaire aux relations extérieures du parti Sadi que tant qu’il sera ambassadeur au Mali, il ne donnera pas de visa à Oumar Mariko. Parce qu’Oumar Mariko insulte son pays. Mais il n’a rien compris. Oumar Mariko n’insulte pas son pays, Oumar Mariko critique la politique française en Afrique. Je la critique aujourd’hui, je la critiquerai demain, tant qu’elle ne changera pas et tant que je vis. Je ne serai pas d’accord avec la politique de soumission coloniale que la France veut nous fait faire en République du Mali, comme elle est en train de la faire faire dans beaucoup de pays africains. En plus, le même ambassadeur a dit devant témoin qu’en principe, il ne devrait pas me le dire. «Mais, vous avez des autorités qui ont écrit à l’ambassade pour dire que vous êtes sous le coup d’une inculpation que vous ne devriez pas bénéficié de visa, je ne devrais pas vous le dire». Voilà comment il parle. Entre-temps, on met dans la bouche d’un Malien qui a accès à ma personne de venir me dire que c’est l’avocat-ministre de la Justice, Mohamed Aly Bathily, à l’époque, qui a écrit à l’ambassade de la France pour qu’on refuse de me donner le visa. Quand j’ai demandé à des gens qui ont interrogé Mohamed Aly Bathily, ce dernier a juré et je l’ai cru. Je l’ai cru parce qu’entre la parole de Mohamed Aly Bathily et celle de cet individu d’ambassadeur de France en République du Mali, je crois en celle de Bathily. Parce que l’ambassadeur a tenu deux langages et il vient de tenir un troisième.

Pourquoi voulez-vous aller en France alors que c’est un pays que vous critiquez ?

Oui, il y a des gens qui disent ça : il critique la France, mais il veut aller en France. Il se bat pour un visa français. S’il n’aime pas la France, il ne doit pas aller en France. Ça, c’est des Maliens de petite vue. Des gens qui ont une courte idée des choses. La France nous appartient ; la France appartient au monde. Il y a des règles qui existent entre la France et tous les pays du monde. La France doit absolument respecter ces règles là. Ces règles ne me condamnent pas d’avoir le visa. Et j’aurai le visa, je vous le dis. Pas forcément par la France, et cela est très clair. Parce que les arguments de l’ambassade sont supers légers. J’ai envoyé la lettre de l’ambassade de France à notre avocat et des avocats ici au Mali, et l’ambassadeur de France même a dit qu’il a mis la balle dans le camp du Mali. Si vous nous dites qu’il n’est pas poursuivi, qu’il n’a pas de problème de droit, je vais lui donner le visa. C’est ce que sa lettre veut dire… Déjà, ce mardi 30 juin 2015, je dépose une demande de visa à l’ambassade de France parce qu’inviter par le parti de Gauche de Mélenchon, député européen, qui invite un député malien. On va voir si l’ambassade de France va encore refuser ce visa. Ça ne sera pas une affaire du Mali, mais entre un député européen et l’ambassade de France. On est dans un monde civilisé. Les Maliens qui disent que je ne dois pas aller en France, mais ce n’est pas moi qui ai signé la libre circulation des personnes et de leurs biens en lieu et place de la France. Les règles édictées sont très claires : il n’a appartient pas à la France de refuser le visa à un homme, de surcroît, un homme politique, pour le bon vouloir de quelques politiciens maliens avec lesquels l’ambassadeur de France au Mali est en complicité. C’est un drôle de diplomate, ce monsieur là ! Le voyage aura lieu mais en attendant, le débat va être posé au parlement. Et au parlement européen, si j’essuie encore un refus de visa !

Le 15 mai 2015, vous n’étiez pas à la cérémonie de signature de l’accord. Le 20 juin 2015, vous avez répondu présent. Une semaine après cette signature, on assiste à des attaques. La première, c’était le samedi 27 juin 2015 à Nara, et ce dimanche 28 juin, dans votre circonscription électorale. Comment qualifiez-vous ces attaques ?

Je pense qu’il ne faut pas lier les deux. Ceux avec lesquels les accords ont été signés, ils ne sont pas en cause dans les attaques de Nara et Fakola. Et, il y a les foyers d’autres attaques qui sont en préparation. J’étais à la cérémonie du 20 juin 2015. Je dois dire en ce qui me concerne que je n’ai jamais été pour cet accord. Quand je le dis au niveau de la majorité, les gens se dressent les cheveux. Quand je le dis au niveau de l’opposition, on dit pourquoi il ne sort pas pour manifester. Je ne sors pas pour manifester. Ce qui est fondamental pour nous et pour lequel nous sommes en train de travailler, nous travaillons pour la paix et ce n’est pas l’accord qui peut garantir la paix. L’application de l’accord peut être source de guerre. Nous l’avons également dit, parce qu’il y a des choses qui sont difficilement acceptables. Mais ce qui est intéressant, qu’on arrive à se parler. Nous, on s’est toujours battu pour qu’il y ait cette rencontre là. Nous sommes allés à Niafunké, à Kidal, on a pris beaucoup de coups pour cela. Nous estimons seulement que nous restons intraitables sur la question de l’Etat. Parce que ce qui se passe, que ça soit à Fakola, ou à Nara, si vous creusez, vous avez trouvé qu’il n’y a que l’absence d’un Etat qui ne s’occupe pas des populations. Le problème fondamental est à ce niveau-là.

Lors de la signature, j’ai vécu deux situations. D’abord, j’ai observé dans la salle, que ce n’est pas un Touareg ou un Arabe qui a lu la déclaration de la CMA, c’est un Sonrhaï. J’ai aussi constaté que ce n’est pas un Touareg qu’on qualifie de va-t-en guerre qui a signé, mais un Arabe qui a signé l’accord. La problématique arabe est mise en rude épreuve. Quand j’ai rencontré celui qui a signé l’accord, il a dit ceci : «ce que vous avez envisagé de faire, rien ne vaut le contact humain ; rien ne vaut le contact physique». Ces accords, il les a balayés d’un revers de la main et j’avais chaud au cœur ; ça m’a fait plaisir. Mais par contre, je rencontre quelqu’un que j’ai rencontré avant d’aller à Niafunké, à Sévaré, et qui était un des thuriféraires de Gandakoye. Je le rencontre, il me dit qu’il est du MNLA, aujourd’hui 3ème personnalité de la CMA. Et quand j’ai voulu échanger avec lui pour lui dire qu’il faut changer ces accords et les rendre inutiles par le fait humain, par notre sens du patriotisme et de la justice, parce que le mot justice est apparu plusieurs fois dans le discours de Djéri, sa réplique était sans appel : la non-application stricte des accords. J’ai failli renoncer à la rupture du jeûne avec le président de la République. Et c’est à la rupture du jeûne avec le président de la République que Sidatti me barre tout ça d’un revers de la main et dit ce que vous avez fait, c’est à cela que nous croyons. Donc échangeons, nous sortons un autre type de Mali, un autre type d’Etat qui n’est pas ce que nous avons aujourd’hui.

Vous avez dit que ce qui s’est passé à Fakola aura des prolongements et qu’il y aura d’autres foyers de tensions ?

Je ne peux faire que des suppositions ; je ne peux pas faire des affirmations en ce moment. Mais rien n’est exclu qu’il y ait d’autres cas comme Fakola, Misseni. Il y a beaucoup d’interprétations de l’accord ; il y a des gens qui veulent qu’ils soient pris en compte, qui pensent déjà que ces accords sont contre leurs intérêts et que le Mali n’a pas de respect que pour ceux qui prennent les armes. Parce que dans tout le pays, ce qui est constatable, l’Etat joue dans la plus grande injustice. Je vous avais dit avant cette interview que les gens de Kolondièba, tellement excédés par les agents des eaux et forêts, par la justice, la gendarmerie, les gardes, m’ont posé la question de savoir si ces gens sont payés par l’Etat malien. Parce qu’à ce niveau, le rançonnement est très fort. Ce qui s’est passé à Nara, ça peut être fait au sein des gens qui ne sont pas d’accord avec cette situation. Ça peut être des gens qui sont retournés contre le comportement des agents de l’Etat face aux citoyens ; ça peut être sociologique. Mais pour le moment, je peux dire que les mouvements qui ont signé l’accord ne sont pas en disposition aujourd’hui d’ouvrir le feu. Ça ne peut pas être eux. Moi, j’ai toujours confiance en les gens de la CMA, parce qu’ils ont tenu des propos devant moi, ils les ont respectés. Nous avons été à Niafunké, ils ont dit qu’ils vont libérer les militaires qui étaient détenus par le MNLA, ils les ont libérés. Ils ont demandé un dialogue avec les députés après notre passage à Kidal, l’Assemblée nationale a refusé. Ils ont souhaité un dialogue avec l’armée malienne, les autorités de la transition ont refusé. Ils ont toujours respecté leur parole.

Kassim TRAORE

Source: Le Reporter

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Le 15 septembre 2015, une quarantaine de Kamerunais se sont retrouvés au palais des Sports de Yaoundé pour un séminaire sur le thème «la gouvernance électorale et l’alternance démocratique », à l’initiative de l’ONG DYNAMIQUE CITOYENNE et pour la commémoration de la journée internationale de la démocratie.

Alors que le séminaire, dûment déclaré comme le stipule la loi, se déroulait sans incident, après des intimidations successives et infructueuses des gendarmes puis des policiers, le Sous-Préfet de Yaoundé 1er, accompagné d’une escouade d’éléments des forces de l’ordre, a fait irruption dans la salle et intimé aux participants, l’ordre d’arrêter leurs travaux et de quitter les lieux, contre toute base légale.

Devant le refus justifié des participants d’obtempérer à cette injonction arbitraire, le Sous-Préfet et ses hommes en tenue ont fait évacuer la salle de force, avec brutalité, en molestant, en giflant et en frappant sauvagement les participants, leur portant physiquement et psychologiquement atteinte.

Par la suite, six personnes ont été arrêtées et conduites dans les locaux de la GMI à Yaoundé où elles restent jusqu’à la publication du présent communiqué, le 18/09, toujours détenues. Il s’agit de : M. Jean-Marc BIKOKO (le point focal national de Dynamique Citoyenne, Président de la Centrale Syndicale du Secteur Public), Agnès Adélaïde METOUGOU, BIKOKO Le juste, Jessie BIKOKO, NDJALLA EPANGUE Yves et FOGNO FOTSO François. D’autres sont sous le coup de menaces d’arrestation.

Devant une telle barbarie et devant les atteintes répétitives et de plus en plus graves du régime RDPC et alliés de M. Paul Biya contre les droits humains élémentaires,

Nous militants de l’UPC en Europe,
– protestons vigoureusement contre ce déni des droits de l’homme et de démocratie.
– exigeons la libération immédiate et sans condition de nos compatriotes détenus arbitrairement depuis le 15 septembre et qui n’ont violé aucune loi.
Nous en profitons pour attirer l’attention de nos compatriotes et des amis du Kamerun sur la leçon à retenir de cet épisode inacceptable parmi bien d’autres :

Le régime en fin de règne à Yaoundé ne tolère aucune voix qui ne lui soit pas docile. Toute personne, organisation politique ou de la société civile qui ose déclarer ce qui ne plaît pas à ce régime est arbitrairement et sauvagement réprimée avec la plus grande brutalité.

Nous appelons donc tous nos compatriotes à se battre pour la cause commune que sont le respect des droits de l’homme et la conquête des véritables libertés démocratiques, et ceci au-delà de toute divergence idéologique.

Seule la vigilance, l’engagement ferme, sans faux fuyant ni complaisance contre ces exactions répétées du régime nous conduira à imposer un contexte véritablement démocratique au Kamerun.

Les droits humains et la démocratie n’appartiennent ni au Nord, ni au Sud, ni à l’Est ni à l’Ouest. Ils ne sont ni de l’UPC, ni du SDF, ni du Manidem, ni du CPP, etc.
Ils appartiennent à tous et sont de tous.

Neuf Kamerunais sur dix, toutes régions confondues, sont en permanence victimes des violations de droits humains. A chaque fois qu’un de nos compatriotes quel qu’il soit, sera victime de l’arbitraire, nous devons tous protester et condamner cela avec une extrême vigueur.

En dénonçant chaque cas de violation de nos droits, nous contribuons, chaque jour qui passe, à l’avancée des idéaux démocratiques. 

Le 18 septembre 2015.

Pour les Upécistes d’Europe.
Les Membres du Bureau du Comité Directeur en Europe

René EMEH ELONG
Augusta EPANYA
Moïse ESSOH
Siméon NGIMBOUS BATJOM
Samuel NJUFOM


Déclaration du Parti S.A.DI. sur le coup de force au Burkina Faso
Le Mercredi 16 septembre 2015, aux environs de 14H30, des militaires appartenant au tristement célèbre Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP) ont porté une grave atteinte aux institutions de la République et au processus de Transition démocratique mis en place au Burkina-Faso, suite à l’insurrection populaire victorieuse des 30 et 31 octobre 2014 qui a mis fin à 27 années de dictature féroce, de confiscation des libertés démocratiques et de blocage du jeu politique par le CDP (Congrès pour la Démocratie et le Progrès) et ses alliés.
Ces usurpateurs indécrottables, sous la conduite du Général Gilbert Diendéré ancien-Chef d’Etat-Major particulier de Blaise Compaoré et ancien commandant du Régiment de Sécurité Présidentielle, après avoir désarmé la garde en faction, ont fait irruption au Palais en plein Conseil des Ministres, se sont saisis du Président de la Transition Michel Kafando, du Premier-Ministre Yacouba Isaac Zida, d’autres membres du Gouvernement de Transition, notamment Réné Bagoro et Augustin Loada, respectivement Ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme ; Ministre de la Fonction Publique, du Travail et de la Sécurité Sociale. Ils ont tous été séquestrés et pris en otage au palais.
Pour parachever leur forfait, les éléments du RSP, agissant en parfaite intelligence avec des anciens dignitaires dégénérés du CDP et de leurs milices, ont instauré un climat de terreur dans la capitale à travers le quadrillage des points stratégiques, le déploiement des escadrons de la mort qui pourchassent les manifestants, incendient les domiciles d’opposants, attaquent les radios privées, prennent en otage les journalistes. Le bilan fait état de plusieurs morts et de nombreux blessés.

Le Parti SADI tire les constats suivants :
– Depuis la victoire historique des forces démocratiques du Burkina-Faso, la Communauté Internationale (notamment la CEDEAO, l’Union Africaine et les Nations-Unies) s’est malheureusement illustrée par son ponce-pilatisme et ses nombreuses obstructions à l’aboutissement du processus révolutionnaire de changement et de renouveau enclenchée en octobre au Burkina Faso ;
– Elle a mis en place une Médiation dirigée par le Président Macky SALL, Président en exercice de la CEDEAO dont le résultat a été la constitution d’un attelage hétéroclite et confus d’acteurs dans le but de garder la mainmise sur le Burkina Faso ;
– Ainsi, le Régiment de la Sécurité Présidentielle, symbole vivant de la terreur personnifiée, devait rester en l’état et les principaux piliers du système Compaoré maintenus, la tête hors de l’eau, pour servir au moment opportun ;
– La Cour de Justice de la CEDEAO, contrairement à la Charte africaine qui condamne les modifications constitutionnelles, a ajouté à la confusion en se prononçant dans l’urgence contre le Code Electoral élaboré par la Transition qui a légitimement sanctionné tous ceux qui ont tripatouillé la constitution du pays pour ouvrir la voie royale à la candidature illégale et illégitime de Blaise Compaoré.

Face à la situation qui prévaut au Burkina-Faso et qui pourrait conduire à des affrontements meurtriers, voire même à une guerre civile aux conséquences désastreuses, le Parti SADI :
– Condamne fermement le Coup d’Etat réactionnaire et néocolonial au Burkina Faso ;
– Appelle les forces progressistes maliennes, africaines et internationales à se mobiliser comme un seul homme pour exiger la libération immédiate et inconditionnelle du Président de la Transition, du Premier-Ministre et des membres du Gouvernement séquestrés ;
– Exige le rétablissement immédiat du Gouvernement de la Transition, des institutions de la République et du processus électoral ;
Condamne les atteintes graves aux libertés individuelles et collectives et exprime son soutien total à la résistance du peuple face aux usurpateurs du Conseil National pour la Démocratie, véritable Commando National de Destruction des acquis démocratiques;
– Vive la résistance du peuple burkinabé ! A bas la restauration ! A bas les usurpateurs ! La lutte continue !
Bamako, le 18 septembre 2015

Pour le Bureau Politique
Le Secrétaire aux Relations Extérieures
Yéhia Ag Mohamed ALI
Ancien Ministre
Officier de l’Ordre National du Mali


Accaparement des terres
Le réseau de communication Kayira, en collaboration avec la Fondation Rosa Luxemburg, a tenu du 14 au 16 août 2015 la 4ème édition des assises de la Gauche malienne. Ces assises ont regroupé les organisations paysannes et certains syndicats. Le thème était : « Les organisations paysannes, les partis et mouvements de Gauche du Mali : quelles perspectives dans un contexte d’accaparement des terres par la bourgeoisie nationale et l’impérialisme ? »
Lire la suite de cette entrée »


Je vais vous dire pourquoi je suis ici, avec des mots que j’ai empruntés à un vieux manifeste célèbre. Je suis ici parce que :

Un spectre hante l’Europe – le spectre de la démocratie. Toutes les puissances de la vieille Europe ont conclu une sainte alliance pour exorciser ce spectre: les banquiers parrainés par les États et l’Eurogroupe, la Troïka et le Dr Schäuble, les héritiers de l’héritage politique de Franco, le leadership berlinois du SPD, les gouvernements baltes qui ont soumis leurs populations à une récession terrible et inutile, et l’oligarchie grecque en résurgence. Lire la suite de cette entrée »


Après le 5ème rejet de sa demande de visa par le consulat de l’ambassade de France au Mali, l’honorable Oumar Mariko monte au créneau contre le président de l’Assemblée nationale, le ministre des Affaires étrangères du Mali et l’ambassadeur de France au Mali. Dans l’interview qui suit, il parle aussi des deux attaques, celles de Nara et de Fakola dans le cercle de Kolondiéba.

Nous avons appris que l’ambassade de France refuse de vous donner le visa pour la France. Qu’en est-il exactement ?

Oumar Mariko : Ce qui se passe réellement, c’est qu’à l’entrée de l’Assemblée nationale, à la rentrée parlementaire, tous les députés ont déposé leur passeport pour l’obtention de visa Schengen à l’ambassade de France. Moi, j’avais été invité en 2013 et j’ai déposé mon passeport. Tous les autres députés ont eu leur visa. Moi, on m’a donné rendez-vous un certain mercredi et les Français m’ont dit que je fus l’objet d’interpellation le mardi par la justice malienne. Apparemment, le juge était dans une disposition de m’arrêter dès mon arrivée à son bureau. Apparemment, l’ambassade de France était au courant de cela. Le mardi, je n’ai pas été arrêté. Les gens ont dû faire comprendre au juge que j’étais sous le couvert de l’immunité parlementaire. Et au juge de rétorquer puisque mon immunité a été levée lors de l’ancien mandat, mais cette immunité court pour ce mandat-ci. Argumentaire d’un drôle de juriste ! Un Yaya Traoré qui était en fait au tribunal de la commune IV, aux ordres. L’arrestation de mardi n’a pas eu lieu. Ils se sont rendu compte qu’il n’y aura pas d’arrestation et ils m’ont retourné le passeport. Je n’ai posé aucun problème.

Donc vous n’avez pas de problème avec eux, comme vous le dites ?

Non, je vais vous expliquer. J’ai reçu une invitation cette fois-ci pour aller en France. Je devrais me rendre à une soutenance qui aura lieu le 30 juin 2015 à Reins sur invitation du CHU de Reins, le département des malentendants. J’ai déposé une demande de visa fin mai 2015, on est le 28 juin 2015 aujourd’hui. Un jour, le protocole de l’Assemblée nationale m’appelle et me passe le téléphone du ministère des Affaires étrangères qui me dit que l’ambassade de France vient de lui renvoyer mon passeport et s’il peut remettre le passeport au protocole de l’Assemblée nationale. J’ai trouvé ça insultant parce que si c’est le protocole du ministère des Affaires étrangères qui agit comme ça, il est ignorant. Je lui ai répondu que je n’ai pas déposé une demande de visa et mon passeport au ministère des Affaires étrangères. J’ai déposé mon passeport et ma demande de visa au niveau de l’ambassade de France. Plaise à l’ambassade de France de me remettre mon passeport sans visa, mais je ne viendrai pas chercher mon passeport aux affaires étrangères. Quand je raconte cette histoire, je suis très écœuré, choqué, non pas par l’attitude de l’ambassade de France, mais l’attitude de nos fonctionnaires.

Vous n’êtes pas parti chercher votre passeport aux Affaires étrangères ?

Non. Je n’irai pas le chercher aux Affaires étrangères. Cinq ou six jours après, on me dit que mon passeport est au niveau de l’Assemblée nationale. Après, le même protocole de l’Assemblée nationale m’a appelé pour me dire que mon passeport est enfin arrivé et qu’il est entre les mains du président de l’Assemblée nationale qui l’aurait remis au protocole pour remise. Avec une lettre du ministère des Affaires étrangères, qui joue à l’interface avec l’ambassade de France. Ça encore, je noircis de honte simplement en le racontant. Quand je suis venu, j’ai dit que je veux les deux lettres et les documents. Les deux lettres, la première est celle de l’ambassade de France qui transmet mon passeport et la seconde lettre est du ministère des Affaires étrangères adressée à l’Assemblée nationale.

Que disent les deux lettres ?

La lettre de l’ambassadeur de France dit que j’ai demandé un visa et qu’il souhaiterait que le ministère des Affaires étrangères donne des informations sur mon statut juridique, d’autant que je dois avoir des problèmes avec la justice malienne. Ils aimeraient que le ministère des Affaires étrangères éclaire leur lanterne, d’autant plus qu’il m’a entendu dire que je suis l’objet de poursuites judiciaires. C’est ce que l’ambassadeur de France écrit au ministre des Affaires étrangères de la République du Mali. Il faudra noter une chose : c’est que le passeport diplomatique que j’ai, a bénéficié d’un ordre de mission de l’Assemblée nationale signifiant que je dois aller à Reins et d’une note verbale du ministère des Affaires étrangères du Mali, pour demander à toutes autorités consulaires de donner le visa à un tel passeport. Parce que c’est un passeport de l’Etat malien ; c’est un passeport des autorités maliennes ; c’est un passeport diplomatique qui d’ailleurs est exempt d’achat de visa. Voilà ce que la lettre de l’ambassade de France dit. Elle a été envoyée aux Affaires étrangères le 29 mai 2015. C’est le 12 juin 2015 que les Affaires étrangères envoient les lettres et les documents à l’Assemblée nationale et c’est le 21 juin 2015 que l’Assemblée nationale me signifie cela. Vous voyez comment le passeport a poiroté entre leurs différentes mains jusqu’à arriver à mon niveau. Sachant bien que le rendez-vous pour assister à la soutenance à Reins, c’est le 30 juin 2015.

Qu’allez-vous faire maintenant parce qu’on voit que le voyage est impossible ?

Les députés non-inscrits du parti Sadi se sont mobilisés pour aller voir le président de l’Assemblée nationale. Le président Isaac Sidibé a tenu des propos des plus malheureux, des plus indignes d’un chef d’institution. Son acte n’est pas moins indigne que l’acte du ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop. À mon avis, c’est de la forfaiture et de l’indignité des deux côtés. Je tiens beaucoup à ces deux mots, parce qu’il n’y a pas d’autres mots pour qualifier leur attitude en tant que chef d’institution. Parce que je ne peux pas comprendre qu’une petite ambassade en arrive à imposer à un ministère des Affaires étrangères de souveraineté et que ce ministère des Affaires étrangères se transforme en interface entre une ambassade et une institution aussi noble que l’Assemblée nationale. Je tiens à tous ces mots parce qu’ils ont leur sens.

Qu’est-ce que le ministère des Affaires étrangères a fait de grave, il a dit quoi ?

Le ministère des Affaires étrangères dit au président de l’Assemblée nationale que «nous vous envoyons le passeport de Monsieur Mariko parce que l’ambassade de France ne peut pas lui donner de visa. L’intéressé aurait dit publiquement qu’il est sous le coup d’une inculpation». Donc, le ministre ne défend pas sa note verbale ; ce qui relève d’une incompétence, à la limite d’une complicité avec l’ambassade de France. Le président de l’Assemblée nationale a dit à mes collègues députés non-inscrits que c’est une petite excuse seulement que je présenterai à l’ambassadeur de France, le problème va être réglé. C’est ça l’indignité et la forfaiture pour que l’ambassade de France manque de respect à tout un peuple, à toute une nation, à ses institutions. Que les responsables des institutions se comportent comme des larbins de cette ambassade-là, je pense qu’ils n’ont pas la moralité nécessaire pour diriger ni l’Assemblée nationale ni les Affaires étrangères. Je le dit, je le maintiens et je persiste, parce que ce n’est pas une histoire d’Oumar Mariko, à moins que ça ne soit une combine du ministre des Affaires étrangères, du président de l’Assemblée nationale et du ministre de la Sécurité, doublé du ministère de la Justice. Sinon, ça ne peut pas s’expliquer autrement. Je voulais que le président de l’Assemblée nationale m’appelle pour me le dire, ça allait se passer autrement ! Je ne défends pas Oumar Mariko, même pas le député, mais je défends la noblesse de mon pays. Je défends la souveraineté de mon pays, je défends l’indépendance de mon pays, et là, de ce point de vue, je n’existe plus, c’est mon pays qui existe et face à Isaac, ça va se passer autrement.

Cela veut dire que tous les députés ont le visa Schengen, sauf vous ?

Absolument ! L’ambassadeur de France, c’est vraiment un comédien de bas étage. Ce monsieur, il écrit ou c’est le consul de France qui écrit ? Il dit que j’ai dit que j’étais l’objet de poursuites judiciaires. À supposer que je dise que je suis condamné à mort, de quoi il se mêle. Si mon pays a fait une note verbale, un passeport diplomatique et un ordre de mission, de quoi il se mêle. Monsieur Sarkozy est mis sous examen en France, combien d’hommes politiques sont mis examen en France, mais voyagent. L’ambassadeur de France est aussi méchant qu’ignorant, parce qu’il en fait un problème de personne. Parce que je défends mon pays, je dis ce que je pense de la politique française que je désapprouve. Vous avez l’occasion d’accéder à la lettre que le parti a adressée à l’ambassade de France.

Jusqu’aujourd’hui, le pauvre ambassadeur de France n’a pas daigné répondre à cette lettre, il ne peut pas répondre à cette lettre-là. Je n’ai pas bénéficié de visa parce que j’ai déclaré que j’ai des problèmes avec la justice malienne. À supposer que ce soit ça, je suis passé devant le tribunal le 5 septembre 2013 et il se trouve qu’en septembre 2012, j’ai essuyé un refus de visa à l’ambassade de France. L’ambassade de France a écrit à toutes les ambassades européennes, y compris les USA. Elle a choisi les Etats-Unis pour qu’on me refuse le visa. Est-ce que ce jour-là, j’étais sous le coup d’une quelconque inculpation ? Non, puisque l’inculpation m’a été signifié en septembre 2013. C’était le 11 septembre 2013, alors que j’ai échoué à trois demandes de visa à l’ambassade de France : une demande de visa à l’ambassade de Danemark pour aller en Hollande. Un refus de visa en Turquie, un refus de visa en Allemagne et ce sont les Allemands qui ont eu le courage de me dire que c’est la France qui refuse de me donner le visa et qui a écrit et puisqu’ils sont tenus par Schengen.

Par lâcheté, l’ambassadeur de France n’a pas pu me dire de quoi il s’agissait, parce qu’il allait être complètement dénudé. En 2012, il refuse sans motif et maintenant, il trouve le motif que j’ai dit publiquement que j’ai été inculpé. Mais ce que l’ambassadeur de France ne dit pas, il a dit à un ambassadeur, en présence du secrétaire aux relations extérieures du parti Sadi que tant qu’il sera ambassadeur au Mali, il ne donnera pas de visa à Oumar Mariko. Parce qu’Oumar Mariko insulte son pays. Mais il n’a rien compris. Oumar Mariko n’insulte pas son pays, Oumar Mariko critique la politique française en Afrique. Je la critique aujourd’hui, je la critiquerai demain, tant qu’elle ne changera pas et tant que je vis. Je ne serai pas d’accord avec la politique de soumission coloniale que la France veut nous fait faire en République du Mali, comme elle est en train de la faire faire dans beaucoup de pays africains. En plus, le même ambassadeur a dit devant témoin qu’en principe, il ne devrait pas me le dire. «Mais, vous avez des autorités qui ont écrit à l’ambassade pour dire que vous êtes sous le coup d’une inculpation que vous ne devriez pas bénéficié de visa, je ne devrais pas vous le dire». Voilà comment il parle. Entre-temps, on met dans la bouche d’un Malien qui a accès à ma personne de venir me dire que c’est l’avocat-ministre de la Justice, Mohamed Aly Bathily, à l’époque, qui a écrit à l’ambassade de la France pour qu’on refuse de me donner le visa. Quand j’ai demandé à des gens qui ont interrogé Mohamed Aly Bathily, ce dernier a juré et je l’ai cru. Je l’ai cru parce qu’entre la parole de Mohamed Aly Bathily et celle de cet individu d’ambassadeur de France en République du Mali, je crois en celle de Bathily. Parce que l’ambassadeur a tenu deux langages et il vient de tenir un troisième.

Pourquoi voulez-vous aller en France alors que c’est un pays que vous critiquez ?

Oui, il y a des gens qui disent ça : il critique la France, mais il veut aller en France. Il se bat pour un visa français. S’il n’aime pas la France, il ne doit pas aller en France. Ça, c’est des Maliens de petite vue. Des gens qui ont une courte idée des choses. La France nous appartient ; la France appartient au monde. Il y a des règles qui existent entre la France et tous les pays du monde. La France doit absolument respecter ces règles là. Ces règles ne me condamnent pas d’avoir le visa. Et j’aurai le visa, je vous le dis. Pas forcément par la France, et cela est très clair. Parce que les arguments de l’ambassade sont supers légers. J’ai envoyé la lettre de l’ambassade de France à notre avocat et des avocats ici au Mali, et l’ambassadeur de France même a dit qu’il a mis la balle dans le camp du Mali. Si vous nous dites qu’il n’est pas poursuivi, qu’il n’a pas de problème de droit, je vais lui donner le visa. C’est ce que sa lettre veut dire… Déjà, ce mardi 30 juin 2015, je dépose une demande de visa à l’ambassade de France parce qu’inviter par le parti de Gauche de Mélenchon, député européen, qui invite un député malien. On va voir si l’ambassade de France va encore refuser ce visa. Ça ne sera pas une affaire du Mali, mais entre un député européen et l’ambassade de France. On est dans un monde civilisé. Les Maliens qui disent que je ne dois pas aller en France, mais ce n’est pas moi qui ai signé la libre circulation des personnes et de leurs biens en lieu et place de la France. Les règles édictées sont très claires : il n’a appartient pas à la France de refuser le visa à un homme, de surcroît, un homme politique, pour le bon vouloir de quelques politiciens maliens avec lesquels l’ambassadeur de France au Mali est en complicité. C’est un drôle de diplomate, ce monsieur là ! Le voyage aura lieu mais en attendant, le débat va être posé au parlement. Et au parlement européen, si j’essuie encore un refus de visa !

Le 15 mai 2015, vous n’étiez pas à la cérémonie de signature de l’accord. Le 20 juin 2015, vous avez répondu présent. Une semaine après cette signature, on assiste à des attaques. La première, c’était le samedi 27 juin 2015 à Nara, et ce dimanche 28 juin, dans votre circonscription électorale. Comment qualifiez-vous ces attaques ?

Je pense qu’il ne faut pas lier les deux. Ceux avec lesquels les accords ont été signés, ils ne sont pas en cause dans les attaques de Nara et Fakola. Et, il y a les foyers d’autres attaques qui sont en préparation. J’étais à la cérémonie du 20 juin 2015. Je dois dire en ce qui me concerne que je n’ai jamais été pour cet accord. Quand je le dis au niveau de la majorité, les gens se dressent les cheveux. Quand je le dis au niveau de l’opposition, on dit pourquoi il ne sort pas pour manifester. Je ne sors pas pour manifester. Ce qui est fondamental pour nous et pour lequel nous sommes en train de travailler, nous travaillons pour la paix et ce n’est pas l’accord qui peut garantir la paix. L’application de l’accord peut être source de guerre. Nous l’avons également dit, parce qu’il y a des choses qui sont difficilement acceptables. Mais ce qui est intéressant, qu’on arrive à se parler. Nous, on s’est toujours battu pour qu’il y ait cette rencontre là. Nous sommes allés à Niafunké, à Kidal, on a pris beaucoup de coups pour cela. Nous estimons seulement que nous restons intraitables sur la question de l’Etat. Parce que ce qui se passe, que ça soit à Fakola, ou à Nara, si vous creusez, vous avez trouvé qu’il n’y a que l’absence d’un Etat qui ne s’occupe pas des populations. Le problème fondamental est à ce niveau-là.

Lors de la signature, j’ai vécu deux situations. D’abord, j’ai observé dans la salle, que ce n’est pas un Touareg ou un Arabe qui a lu la déclaration de la CMA, c’est un Sonrhaï. J’ai aussi constaté que ce n’est pas un Touareg qu’on qualifie de va-t-en guerre qui a signé, mais un Arabe qui a signé l’accord. La problématique arabe est mise en rude épreuve. Quand j’ai rencontré celui qui a signé l’accord, il a dit ceci : «ce que vous avez envisagé de faire, rien ne vaut le contact humain ; rien ne vaut le contact physique». Ces accords, il les a balayés d’un revers de la main et j’avais chaud au cœur ; ça m’a fait plaisir. Mais par contre, je rencontre quelqu’un que j’ai rencontré avant d’aller à Niafunké, à Sévaré, et qui était un des thuriféraires de Gandakoye. Je le rencontre, il me dit qu’il est du MNLA, aujourd’hui 3ème personnalité de la CMA. Et quand j’ai voulu échanger avec lui pour lui dire qu’il faut changer ces accords et les rendre inutiles par le fait humain, par notre sens du patriotisme et de la justice, parce que le mot justice est apparu plusieurs fois dans le discours de Djéri, sa réplique était sans appel : la non-application stricte des accords. J’ai failli renoncer à la rupture du jeûne avec le président de la République. Et c’est à la rupture du jeûne avec le président de la République que Sidatti me barre tout ça d’un revers de la main et dit ce que vous avez fait, c’est à cela que nous croyons. Donc échangeons, nous sortons un autre type de Mali, un autre type d’Etat qui n’est pas ce que nous avons aujourd’hui.

Vous avez dit que ce qui s’est passé à Fakola aura des prolongements et qu’il y aura d’autres foyers de tensions ?

Je ne peux faire que des suppositions ; je ne peux pas faire des affirmations en ce moment. Mais rien n’est exclu qu’il y ait d’autres cas comme Fakola, Misseni. Il y a beaucoup d’interprétations de l’accord ; il y a des gens qui veulent qu’ils soient pris en compte, qui pensent déjà que ces accords sont contre leurs intérêts et que le Mali n’a pas de respect que pour ceux qui prennent les armes. Parce que dans tout le pays, ce qui est constatable, l’Etat joue dans la plus grande injustice. Je vous avais dit avant cette interview que les gens de Kolondièba, tellement excédés par les agents des eaux et forêts, par la justice, la gendarmerie, les gardes, m’ont posé la question de savoir si ces gens sont payés par l’Etat malien. Parce qu’à ce niveau, le rançonnement est très fort. Ce qui s’est passé à Nara, ça peut être fait au sein des gens qui ne sont pas d’accord avec cette situation. Ça peut être des gens qui sont retournés contre le comportement des agents de l’Etat face aux citoyens ; ça peut être sociologique. Mais pour le moment, je peux dire que les mouvements qui ont signé l’accord ne sont pas en disposition aujourd’hui d’ouvrir le feu. Ça ne peut pas être eux. Moi, j’ai toujours confiance en les gens de la CMA, parce qu’ils ont tenu des propos devant moi, ils les ont respectés. Nous avons été à Niafunké, ils ont dit qu’ils vont libérer les militaires qui étaient détenus par le MNLA, ils les ont libérés. Ils ont demandé un dialogue avec les députés après notre passage à Kidal, l’Assemblée nationale a refusé. Ils ont souhaité un dialogue avec l’armée malienne, les autorités de la transition ont refusé. Ils ont toujours respecté leur parole.

Kassim TRAORE

Source: Le Reporter